long-métrage de fiction

Mathilde n'existe pas

Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.
À cause de ce manque, j'aspire à tant.
À tant de choses, à presque l'infini...
À cause de ce peu qui manque, que jamais tu n'apportes.

Henri Michaux, La Nuit remue, « Ma Vie »

Synopsis

Vieilles photos, fleurs séchées, lettres jamais envoyées… On trouve de tout dans les livres. Au fond de sa petite librairie d’occasion, Antonin récolte ces fragments de vie abandonnés entre les pages et en invente les histoires extraordinaires ou anodines, mélancoliques ou farfelues.  Ces récits pleins de poésie fascinent Camille. Elle rêve de pouvoir un jour pénétrer dans le monde imaginaire de ce type étrange… Mais est-ce bien sage ?

Le film

Le fantasme ou la réalité… Qui ne s’est jamais trouvé confronté à ce dilemme ? Choisir qui l’on veut être, qui l’on veut devenir, est peut-être la quête de toute une vie. Mais comment faire la part entre l’image que l’on a de soi et celle que nous renvoient les autres ? Et surtout, comment échapper à ce personnage parfois terrifiant que « les autres » veulent que l’on devienne… ?

Il y a des êtres romantiques qui seront toujours en quête d’absolu, ce « petit peu » qui les feront courir après un « infini » par essence inatteignable. Pour eux, courir à la poursuite du bleu, c’est s’échapper vers la folie. Rester sur terre, c’est se nécroser d’ennui…

Ces questions nous bouleversent, et nous avons voulu créer Camille, un personnage tiraillé – pour ne pas dire écartelé – entre ses choix existentiels. Elle est excellente élève, mais veut-elle réellement finir en agrégée d’anglais pour « avoir un bon métier », alors qu’elle est passionnée de photographie ? Tiraillée entre sa mère et son père, qui la veulent comme témoin actif de leur divorce. Tiraillée en amour, entre Théo son copain officiel, et Seb, son coloc, ami d’enfance, ami complice, premier baiser, mais qui ne plaît pas à sa mère et qui ne l’attire pas physiquement… Théo est parfait, sérieux, attentionné, bon amant, beau… Mais quel ennui !

Alors comment Camille peut-elle s’échapper ? Comment atteindre cet infini ? Par l’imaginaire, par la poésie, par cette petite librairie poussiéreuse et son étrange libraire : Antonin. Il collectionne les marques-pages trouvés au petit bonheur dans les livres d’occasion, et avec ces petits bouts de rien, ces fragments de phrases, de tissus, ces morceaux de papier, à partir de cette matière banale, prosaïque, il invente des histoires, il invente la vie des autres, il crée le monde qui l’entoure.

 Camille est fascinée, bien évidemment. Voilà ce qu’elle cherche, voilà ce dont elle a terriblement besoin. Elle veut entrer dans le monde d’Antonin. Elle veut s’en faire aimer. Mais, alors qu’elle pense y arriver, Antonin ne fait qu’inventer un nouveau personnage, « Mathilde ». Peu à peu, Camille comprend qu’Antonin refuse le monde réel. Il ne veut pas d’une femme de chair et de sang : ça ne l’intéresse pas. Les personnages qu’il crée ne doivent pas exister. Il ne veut pas que Camille, la vraie, existe.

Pour Camille c’est un retour douloureux à la réalité. Et elle choisit de se cramponner à cette dernière. À tort ou à raison, elle décide que la poésie n’existe que dans les livres, et qu’il faut les refermer pour survivre. Elle sera une agrégée brillante. Une bonne fille. Une bonne petite amie…

Inspirations et intentions

Quand nous imaginons notre projet, deux autres films nous sautent en tête : Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry et de La Double Vie de Véronique de Krzysztof Kieślowski.

Le film de Michel Gondry nous réjouit et nous ébahit par son inventivité, sa liberté de mise en scène et de narration, tant scénaristique que cinématographique : son univers qui se construit et se déconstruit sans cesse au gré des pensées du personnage.

Krzysztof Kieślowski nous touche profondément par la poésie de ses images et l’irrésistible humanité qui émane de ses histoires et de ses acteurs. Dans ces deux films, le quotidien s’effondre pour laisser surgir l’imaginaire, la limite entre les deux s’estompe et ils deviennent aussi réels l’un que l’autre.

Avec Mathilde n’existe pas, nous voudrions entrechoquer la poésie et la réalité, et voir quelles étincelles pourraient jaillir de leur croisement. Que choisir entre les deux ? Nous n’avons bien évidemment pas la réponse à cette question, et nous ne prétendons pas l’apporter. Mais ce dont nous sommes – malheureusement – persuadés, c’est qu’il faut un courage titanesque pour, de nos jours, voir la vie avec poésie !