court-métrage de fiction

La Boîte

« Où que je me trouve
– sur le pont d’un navire, à la terrasse d’un café à Paris ou à Bangkok –
je serais toujours prisonnière de cette cloche de verre,
macérant dans l’aigreur de mon souffle vicié. »

Sylvia Plath, La Cloche de détresse

Synopsis

Marie a encore raté un entretien d’embauche, son soi-disant copain ne la rappelle pas… Suffit ! Elle décide d’aller camper en forêt, de prendre un bol d’air pur. Mais dans sa tente, désespérément seule avec elle-même, ses crises d’angoisse l’attaquent à nouveau, plus violentes que jamais. Et pourtant ce n’est rien. Rien comparé aux tortures que cette « inconnue » s’apprête à lui faire subir, cette « inconnue » invisible, terrée dans la forêt…

Intentions

Dans sa vie de tous les jours, Marie est sans cesse agressée par l’hostilité du monde qui l’entoure, qui l’étouffe et l’empêche de vivre – une hostilité absurde, à l’image de son voisin à l’affût du moindre bruit, du moindre soupir. Son boulot, son copain, sa vie semble lui filer entre les doigts.

En s’échappant dans la forêt, elle espère trouver calme et liberté. Mais elle est violemment rattrapée par ses démons. Au fond, elle ne pense pas mériter un quelconque bonheur. Alors elle s’en va coucher avec le premier venu, évidemment marié, pour être bien certaine que ça ne puisse rien donner. Elle sait que cette épreuve ne lui apportera pas même une bouffée d’affection, mais qu’importe, elle se l’inflige malgré tout… Elle passe le reste de la nuit enterrée dans sa tente, définitivement seule avec ses anxiolytiques. Elle est au fond du trou…

Et pourtant  les bois renferment une autre menace. Au réveil, Marie est attaquée, avec une férocité incompréhensible. Son assaillante est une jeune femme de son âge dont l’apparence inoffensive cache une cruauté implacable. Elle commence par lui tirer dessus au fusil, invisible, puis l’attrape et la torture, vicieuse et sadique, sans la moindre explication, pas même un mot. Elle la cogne, lui abime le corps, lui abime le sexe, gratuitement, avec une jouissance perverse. Elle finit par l’enfermer dans une boîte carrée, exiguë. Marie peut à peine s’y contorsionner. La boîte au fond d’un trou, l’inconnue enterre Marie, vivante, hurlante.

Au début de l’attaque, Marie se défend comme elle peut. Elle essaie d’abord de comprendre, mais rapidement, elle ne fait plus que se débattre pour survivre, se débattre frénétiquement pour sortir de cette boîte. C’est une fille comme tout le monde, avec des aspirations amoureuses et artistiques frustrées. Ce n’est pas une héroïne. Sa réaction : la terreur et l’incompréhension, l’ahurissement. Le spectateur se pose les mêmes questions : Pourquoi elle ? Qu’a-t-elle fait de mal ? Rien, bien sûr.

Pourtant, elle est enfermée ; durant tout le film, elle évolue dans des espaces confinés. Partout, elle est assaillie par une poisseuse sensation de claustrophobie. Elle étouffe – dans la boîte, évidemment, mais aussi dans sa voiture trop petite, dans sa salle de bain étriquée, dans la solitude oppressante de sa tente. Comme un animal pris au piège, elle se débat, elle se heurte aux murs qui l’enferment, s’égratigne aux parois de sa cage. Dans son appartement, les coups de balais hystériques de son voisin paranoïaque résonnent comme un écho lugubre aux coups de marteau implacables de l’« inconnue » scellant son cercueil improvisé : cette boîte, terrible illustration d’une asphyxie qui l’oppresse où qu’elle soit.

Et si l’inconnue avait toujours été là, à l’empêcher de vivre, de respirer ? L’inconnue est-elle réelle ou bien est-ce le fruit de son imagination masochiste ? Ce mal que l’on se fait à soi-même, l’inconnue en est l’incarnation. On est son pire ennemi, le plus violent, le plus vicieux. Marie a le corps meurtri par la torture mentale qu’elle s’inflige. Peu à peu, les petites meurtrissures quotidiennes se changent en véritables mutilations.

Avec ce scénario, nous voulons débusquer cet ennemi intérieur et le partager avec les spectateurs. Nous voulons faire de ce film une somatisation cinématographique : matérialiser la souffrance psychique, l’incarner, la visualiser, et peut-être l’exorciser…