• Et d’abord, j’suis pas ton pauvre gars.

    Louis : Tu l’aimes bien, Donand, hein ? C’est pas un homme pour toi.
    Jacques : Et toi, tu sais quels sont les hommes pour moi ?
    Louis : Sur l’affaire, je commence à m’y connaître.
    Jacques : Alors tu vas pouvoir me dire lesquels.
    Louis : Ça, mon gars, certainement pas ! Je te dis juste que Donand, j’y crois pas.
    Jacques : Et il faudrait que j’abandonne parce que ça te paraît pas possible ?
    Louis : Tu perds ton temps.
    Jacques : Je perds mon temps, d’accord. Et ensuite ?
    Louis : Si ça t’amuse…
    Jacques : Ça m’amuse pas du tout. Simplement, quand j’ai envie de quelqu’un, j’ai envie de quelqu’un. Je me pose pas la question de savoir si c’est possible avant d’en avoir envie.
    Louis : C’est pas bon de vouloir ce qu’on peut pas avoir.
    Jacques : Parce que toi, tu t’arrêtes sur commande ?
    Louis : Y a des moments où il faut savoir renoncer.
    Jacques : Justement. Si tu renonces dans ces histoires-là, tu renonces partout. Qu’est-ce qui te reste ?
    Louis : Des hommes, y en a plein.
    Jacques : On est d’accord.
    Louis : Alors pourquoi tu vas t’emmerder dans des histoires impossibles ?
    Jacques : J’te l’ai dit : ça se commande pas. Et d’abord, où t’as vu que sur chaque homme, y a marqué possible ou pas possible ? Et puis, c’est tellement agréable d’y croire.
    Louis : Ça, pour être agréable, c’est agréable. Mais mon pauvre gars, si tu continues comme ça, tu vas souffrir, dans la vie.
    Jacques : Ça, c’est pas une grande nouvelle. Et d’abord, j’suis pas ton pauvre gars.

    Ce vieux rêve qui bouge, Alain Guiraudie