• Ne plus parler de poésie mais laisser vivre les fleurs sauvages...

    Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
    Contre qui ? Comment ? Contre quoi ?
    C’en est assez de vos violences
    D’où venez-vous ?
    Où allez-vous ?
    Qui êtes-vous ?
    Qui priez-vous ?
    Je vous prie de faire silence
    Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
    S’il faut absolument qu’on soit
    Contre quelqu’un ou quelque chose
    Je suis pour le soleil couchant
    En haut des collines désertes
    Je suis pour les forêts profondes

    Car un enfant qui pleure
    Qu’il soit de n’importe où
    Est un enfant qui pleure
    Car un enfant qui meurt
    Au bout de vos fusils
    Est un enfant qui meurt
    Que c’est abominable d’avoir à choisir
    Entre deux innocences
    Que c’est abominable d’avoir pour ennemis
    Les rires de l’enfance

    Pour qui, comment, quand et combien ?
    Contre qui ? Comment et combien ?
    À en perdre le goût de vivre,
    Le goût de l’eau, le goût du pain
    Et celui du Perlimpinpin
    Dans le square des Batignolles
    Mais pour rien, mais pour presque rien
    Pour être avec vous et c’est bien
    Et pour une rose entr’ouverte
    Et pour une respiration
    Et pour un souffle d’abandon
    Et pour ce jardin qui frissonne

    Rien avoir, mais passionnément
    Ne rien se dire éperdument
    Mais tout donner avec ivresse
    Et riche de dépossession
    N’avoir que sa vérité
    Posséder toutes les richesses
    Ne pas parler de poésie
    Ne pas parler de poésie
    En écrasant les fleurs sauvages
    Et faire jouer la transparence
    Au fond d’une cour au murs gris
    Où l’aube n’a jamais sa chance.

    Contre qui, comment, contre quoi ?
    Pour qui, comment, quand et pourquoi ?
    Pour retrouver le goût de vivre,
    Le goût de l’eau, le goût du pain
    Et celui du Perlimpinpin
    Dans le square des Batignolles
    Contre personne et contre rien
    Contre personne et contre rien
    Mais pour toutes les fleurs ouvertes
    Mais pour une respiration
    Mais pour un souffle d’abandon
    Et pour ce jardin qui frissonne

    Vivre, vivre mais passionnément
    Et ne se battre seulement
    Qu’avec les feux de la tendresse
    Et, riche de dépossession
    N’avoir que sa vérité,
    Posséder toutes les richesses
    Ne plus parler de poésie
    Ne plus parler de poésie
    Mais laisser vivre les fleurs sauvages
    Et faire jouer la transparence
    Au fond d’une cour aux murs gris
    Où l’aube aurait enfin sa chance

    Vivre
    Vivre
    Avec tendresse
    Vivre
    Vivre
    Vivre…

    Perlimpinpin, Barbara, interprété par Lou Casa

  • Allez rassembler votre éloquence en fuite !

    Roxane
    Attendez. Ils sont loin. L’air est doux. Nul passant.
    Asseyons-nous. Parlez. J’écoute.

    Christian, s’assied près d’elle, sur le banc. Un silence.
    Je vous aime.

    Roxane, fermant les yeux.
    Oui, parlez-moi d’amour.

    Christian
    Je t’aime.

    Roxane
    C’est le thème.
    Brodez, brodez.

    Christian
    Je vous…

    Roxane
    Brodez !

    Christian
    Je t’aime tant.

    Roxane
    Sans doute. Et puis ?

    Christian
    Et puis… je serai si content
    Si vous m’aimiez ! — Dis-moi, Roxane, que tu m’aimes !

    Roxane, avec une moue.
    Vous m’offrez du brouet quand j’espérais des crèmes !
    Dites un peu comment vous m’aimez ?…

    Christian
    Mais… beaucoup.

    Roxane
    Oh !… Délabyrinthez vos sentiments !

    Christian, qui s’est rapproché et dévore des yeux la nuque blonde.
    Ton cou !
    Je voudrais l’embrasser !…

    Roxane
    Christian !

    Christian
    Je t’aime !

    Roxane, voulant se lever.
    Encore !

    Christian, vivement, la retenant.
    Non, je ne t’aime pas !

    Roxane, se rasseyant.
    C’est heureux.

    Christian
    Je t’adore !

    Roxane, se levant et s’éloignant.
    Oh !

    Christian
    Oui… je deviens sot !

    Roxane
    Et cela me déplaît !
    Comme il me déplairait que vous devinssiez laid.

    Christian
    Mais…

    Roxane
    Allez rassembler votre éloquence en fuite !

    Christian
    Je…

    Roxane
    Vous m’aimez, je sais. Adieu.
    (Elle va vers la maison.)

    Christian
    Pas tout de suite !
    Je vous dirai…

    Roxane, poussant la porte pour rentrer.
    Que vous m’adorez… oui, je sais.
    Non ! non ! Allez-vous-en !

    Christian
    Mais je…
    (Elle lui ferme la porte au nez.)

    Cyrano, qui depuis un moment est rentré sans être vu.
    C’est un succès.

    Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand

  • I’ve died a few times.

    Harold: I sure am picking up on vices.
    Maude: Vice? Virtue? It’s best not to be too moral. You cheat yourself out of too much life. Aim above morality. If you apply that to life, then you’re bound to live it fully.
    Harold: I haven’t lived. I’ve died a few times.
    Maude: What was that?
    Harold: Well... The first time was when I was at boarding school, in the chemistry lab. I was in there cleaning it up so I decided I’d do a little experiment, you know. So I got all this stuff out and began mixing it up, it was very scientific. There was this massive explosion. It knocked me down, blew out a huge hole in the floor. There was boards and bricks and flames leaping up. I figured, you know… time to leave. My career in school was over. So… I went home. My mother was a giving a party so I went right up the back stairs to my room. Turned out the light and… I got this funny feeling. The doorbell rang. I went out to the banister and these two policemen came in, found my mother… and… told her that I was killed in the fire. She put one hand up to her forehead, the other one she reached out as if groping for support, and with this long sigh, she collapsed in their arms. I decided right then that I enjoyed being dead.
    Maude: I understand. A lot of people enjoy being dead, but they’re not dead really. They’re just backing away from life. Reach out, take a chance, get hurt even, but play as well as you can. Go, team, go! Gimme an L, gimme an I, gimme a V, gimme an E. L-l-V-E, live. Otherwise you got nothing to talk about in the locker room.
    Harold: I like you, Maude.
    Maude: I like you, Harold.

    Harold & Maude, Hal Ashby

  • I’ve had my share of sand kicked in my face

    I’ve paid my dues
    Time after time
    I’ve done my sentence
    But committed no crime
    And bad mistakes
    I’ve made a few
    I’ve had my share of sand kicked in my face
    But I’ve come through

    We are the champions, my friends
    And we’ll keep on fighting ‘til the end
    We are the champions
    We are the champions
    No time for losers
    ‘Cause we are the champions of the world

    I’ve taken my bows
    And my curtain calls
    You brought me fame and fortune, and everything that goes with it
    I thank you all
    But it’s been no bed of roses
    No pleasure cruise
    I consider it a challenge before the whole human race
    And I ain’t gonna lose

    We are the champions, my friends
    And we’ll keep on fighting ‘til the end
    We are the champions
    We are the champions
    No time for losers
    ‘Cause we are the champions of the world

    We are the champions, my friends
    And we'll keep on fighting ‘til the end
    We are the champions
    We are the champions
    No time for losers
    ‘Cause we are the champions
    Of the world

    We are the champions, Queen

  • Pascal est beaucoup mieux que moi !

    Micky : C’est vrai, t’es amoureuse de moi ?
    Viviane : Ben oui.
    Micky : Mais pourquoi ? Pascal est beaucoup mieux que moi !
    Viviane : C’est vrai, t’es beaucoup moins bien que Pascal. Mais c’est toi que je préfère.
    Micky : Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse, mon pauvre Pascal ? T’es grand, t’es beau, t’es riche, t’as tout pour plaire ! Moi je suis petit, vilain, grassouillet… sale, même, des fois ! Et c’est moi qu’elle aime ! Alors si tu comprends quelque chose, tu m’expliqueras, hein. Parce que moi, personnellement, j’y comprends rien du tout. Question de style, peut-être. Y a des mecs qu’ont des têtes d’amants, d’autres des têtes de maris, sûrement… Viviane… Sois sympa : jure-moi que t’es pas une salope.
    Viviane : Qu’est-ce que ça change, que j’en sois une ?

    La Femme de mon Pote, Bertrand Blier

  • Doit-il aborder l’avenir en lui tournant le dos… le jeune ?

    Prof de maths : Bien sûr, mais il est important que les élèves ne pensent pas qu’au bac. Il faut parfois faire des petits détours dans des domaines qui ne sont pas forcément dans le programme. Bon, bien sûr, pour obtenir de meilleurs résultats aux examens. Il faut intéresser le jeune ! N’oublions pas qu’il a dix-huit ans, il est plein d’une énergie débordante, bon, qui a besoin à la fois d’être canalisée, mais libérée, en même temps ! Le jeune est tourné vers l’avenir, mais aujourd’hui, l’avenir ne se tourne plus vers le jeune. Doit-il aborder l’avenir en lui tournant le dos… le jeune ?

    Le Péril Jeune, Cédric Klapisch

  • J’entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde.

    Ta bouche aux lèvres d’or n’est pas en moi pour rire
    Et tes mots d’auréole ont un sens si parfait
    Que dans mes nuits d’années, de jeunesse et de mort
    J’entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde.

    Dans cette aube de soie où végète le froid
    La luxure en péril regrette le sommeil,
    Dans les mains du soleil tous les corps qui s’éveillent
    Grelottent à l’idée de retrouver leur cœur.

    Souvenirs de bois vert, brouillard où je m’enfonce
    J’ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi,
    Toute ma vie t’écoute et je ne peux détruire
    Les terribles loisirs que ton amour me crée.

    « Ta bouche aux lèvres d’or », Capitale de la douleur, Paul Éluard

  • Quand j'en sors un, j'ai mal pour eux

    La salle s’éteint, et je m’avance
    On crie « À poil ! », un peu de patience
    Je fais d’abord une petite danse…

    On crie qu’on veut me voir toute nue
    Un peu de sérieux, un peu de tenue
    Quand j’en sors un, j’ai mal pour eux
    Quand j’en sors un, ça leur déboîte les yeux

    On désire m’offrir du champagne
    À moi, la fille de la campagne
    Avant, j’m’occupais des cochons
    Et ma belle-mère m’appelait la souillon

    Quand j’en sors un, c’est le Big-bang
    Les types, ça leur allonge la langue
    Ils ont les yeux qui sortent des trous
    Quand j’en sors un, ça leur étire le cou

    On fait venir les millésimes
    Pour moi, la fille de la cuisine
    Avant je curais les chaudrons
    Et ma belle-mère m’appelait Cul-cendron

    Quand j’en sors un, on voit qu’ils aiment
    Mais lorsque je sors le deuxième
    Alors là, c’est l’apothéose
    J’enlève mon pyjama de satin rose

    J’leur met un p’tit pompon au bout
    Et tout le public est debout
    Lorsque je fais l’hélicoptère
    Mais il est temps de redescendre sur terre

    Il ne me reste plus qu’un slip
    Taillé dans la peau d’un moustique
    Ainsi fini mon numéro… !

    « Big-bang », Un coup de queue de vache, Thomas Fersen

  • Et d’abord, j’suis pas ton pauvre gars.

    Louis : Tu l’aimes bien, Donand, hein ? C’est pas un homme pour toi.
    Jacques : Et toi, tu sais quels sont les hommes pour moi ?
    Louis : Sur l’affaire, je commence à m’y connaître.
    Jacques : Alors tu vas pouvoir me dire lesquels.
    Louis : Ça, mon gars, certainement pas ! Je te dis juste que Donand, j’y crois pas.
    Jacques : Et il faudrait que j’abandonne parce que ça te paraît pas possible ?
    Louis : Tu perds ton temps.
    Jacques : Je perds mon temps, d’accord. Et ensuite ?
    Louis : Si ça t’amuse…
    Jacques : Ça m’amuse pas du tout. Simplement, quand j’ai envie de quelqu’un, j’ai envie de quelqu’un. Je me pose pas la question de savoir si c’est possible avant d’en avoir envie.
    Louis : C’est pas bon de vouloir ce qu’on peut pas avoir.
    Jacques : Parce que toi, tu t’arrêtes sur commande ?
    Louis : Y a des moments où il faut savoir renoncer.
    Jacques : Justement. Si tu renonces dans ces histoires-là, tu renonces partout. Qu’est-ce qui te reste ?
    Louis : Des hommes, y en a plein.
    Jacques : On est d’accord.
    Louis : Alors pourquoi tu vas t’emmerder dans des histoires impossibles ?
    Jacques : J’te l’ai dit : ça se commande pas. Et d’abord, où t’as vu que sur chaque homme, y a marqué possible ou pas possible ? Et puis, c’est tellement agréable d’y croire.
    Louis : Ça, pour être agréable, c’est agréable. Mais mon pauvre gars, si tu continues comme ça, tu vas souffrir, dans la vie.
    Jacques : Ça, c’est pas une grande nouvelle. Et d’abord, j’suis pas ton pauvre gars.

    Ce vieux rêve qui bouge, Alain Guiraudie

  • Simple petit détail

    Frapper le gros Mussolini
    Même avec un macaroni
    Le Romain qui jouait à ça
    Se voyait privé de pizza.
    Après le Frente Popular,
    L’hidalgo non capitulard
    Qui s’avisait de dire « niet »
    Mourait au son des castagnettes.

    J’ai conspué Franco la fleur à la guitare
    Durant pas mal d’années
    Durant pas mal d’années
    Faut dire qu’entre nous deux, simple petit détail
    Y avait les Pyrénées
    Y avait les Pyrénées

    Qui crachait sur la croix gammée,
    Dans une mine était sommé
    De descendre extraire du sel
    Pour assaisonner les bretzels.
    Avant que son jour ne décline,
    Qui s’élevait contre Staline
    Filait manu militari
    Aux sports d’hiver en Sibérie.

    J’ai conspué Franco la fleur à la guitare
    Durant pas mal d’années
    Durant pas mal d’années
    Faut dire qu’entre nous deux, simple petit détail
    Y avait les Pyrénées
    Y avait les Pyrénées

    Aux quatre coins du monde encore,
    Qui se lève et crie : « Pas d’accord ! »
    En un tournemain se fait cou-
    per le sifflet, tordre le cou.
    Dans mon village, on peut à l’heure
    Qu’il est, sans risque de malheur,
    Brandir son drapeau, quel qu’il soit,
    Mais jusques à quand ? Chi Io sa ?

    J’ai conspué Franco la fleur à la guitare
    Durant pas mal d’années
    Durant pas mal d’années
    Faut dire qu’entre nous deux, simple petit détail
    Y avait les Pyrénées
    Y avait les Pyrénées

    S’engager par le mot, trois couplets un refrain
    Par le biais du micro
    Par le biais du micro
    Ça s’fait sur une jambe et ça n’engage à rien
    Et peut rapporter gros
    Et peut rapporter gros.

    Tant qu’il y aura des Pyrénées, Georges Brassens, interprété par Maxime Le Forestier

  • J’ai connu une polonaise qui en prenait au p’tit-déjeuner.

    Jean : Si vous voulez vous donner la peine d’entrer.
    Raoul Volfoni : Bougez pas ! Les mains sur la table ! Je vous préviens qu’on a la puissance de feu d’un croiseur et des flingues de concours !
    Jean : Si ces messieurs veulent bien me les confier.
    Raoul Volfoni : Quoi ?
    Patricia entre en coup de vent.
    Patricia : Ah, mes enfants, nous sommes en panne de sandwiches ! Tu sais, mon oncle, si tes amis veulent danser…
    Elle ressort.
    Jean : Allons vite, messieurs. Quelqu’un pourrait venir, on pourrait se méprendre et on jaserait. Nous venons déjà de frôler l’incident.
    Fernand : Tu sais ce que je devrais faire, hein ? Rien que pour le principe ?
    Raoul Volfoni : Tu trouves pas que c’est un peu rapproché ?
    Paul Volfoni : J’te disais que cette démarche ne s’imposait pas… Au fond, maintenant, les diplomates prendraient plutôt le pas sur les hommes d’action. L’époque serait aux tables rondes et à la détente, hein ? Qu’est-ce que t’en penses ?
    Fernand : Je dis pas non.
    Raoul Volfoni : Mais dis donc, on est quand même pas venus pour beurrer des sandwiches !
    Paul Volfoni : Pourquoi pas ? Au contraire : les tâches ménagères ne sont pas sans noblesse. Lorsqu’elles constituent le premier pas vers des négociations fructueuses. Hein ? Merci.
    Fernand : Maître Folace, vous devriez planquer le motif de fâcherie.
    Paul Volfoni : Oh, monsieur Fernand…
    Fernand : Je connais la vie, monsieur Paul. Mais pour en revenir au travail manuel, ce que vous disiez est finement observé. Et puis, ça reste une base…
    Raoul Volfoni : Ah, ça c’est bien vrai ! Si on bricolait plus souvent, on aurait pas la tête aux bêtises.
    Une copine de Patricia entre.
    Une copine de Patricia : Jean ? Bah où il est, Jean ?
    Fernand : Qu’est-ce que vous lui voulez ?
    Une copine de Patricia : Y a plus de glace, et y a plus de scotch !
    Fernand : Maître Folace, donnez-lui des jus de fruits, allez.
    Une copine de Patricia : Pas de jus de fruits, du scotch ! Vos jus de fruits, vous pouvez vous les…
    Maître Folace : Allons, allons ! L’oncle de Patricia vous dit qu’il y a plus de scotch, un point c’est tout.
    Une copine de Patricia : Ben y a qu’à en acheter… avec ça !
    Maître Folace : Touche pas au grisbi, salope !
    Elle sort.
    Paul Volfoni : L’alcool, à c’t’âge-là…
    Fernand : Non mais c’est un scandale !
    Raoul Volfoni : Nous, par contre, on est des adultes… On pourrait p’t’être s’en faire un p’tit, hein ?
    Fernand : Ça, le fait est… Maître Folace.
    Maître Folace : Seulement, le tout-venant a été piraté par les mômes. Qu’est-ce qu’on fait, on se risque sur le bizarre ? Ça va rajeunir personne.
    Raoul Volfoni : Nous v’là sauvés !
    Maître Folace : Sauvés, faut voir…
    Jean : Tiens, vous avez sorti le vitriol ?
    Paul Volfoni : Pourquoi vous dites ça ?
    Maître Folace : Eh !
    Paul Volfoni : Il a pourtant l’air honnête.
    Fernand : Sans être franchement malhonnête, au premier abord, comme ça, il a l’air assez curieux.
    Maître Folace : Il date du mexicain, du temps des grandes heures. Seulement, on a dû arrêter la fabrication : y a des clients qui devenaient aveugles. Alors ça faisait des histoires…
    Raoul Volfoni : Allez ! … Faut reconnaître, c’est du brutal !
    Paul Volfoni : Vous avez raison… il est curieux, hein ?
    Fernand : J’ai connu une polonaise qui en prenait au p’tit-déjeuner. … Faut quand même admettre, c’est plutôt une boisson d’homme.
    Raoul Volfoni : Tu sais pas c’qu’il m’rappelle ? C’t’espèce de drôlerie qu’on buvait dans une petite tôle de Biên Hoa, pas tellement loin de Saigon. Les volets rouges... et la taulière, une blonde comme ac. Comment qu’elle s’appelait, nom de Dieu ?
    Fernand : Lulu la Nantaise !
    Raoul Volfoni : T’as connu ?
    Paul Volfoni : J’y trouve un goût de pomme...
    Fernand : Y en a !
    Raoul Volfoni : C’est devant chez elle que Lucien le Cheval s’est fait dessouder.
    Fernand : Et par qui, hein ?
    Raoul Volfoni : Bah v’la que j’ai plus ma tête !
    Fernand : Par Teddy de Montréal, un fondu qui travaillait qu'à la dynamite.
    Raoul Volfoni : Toute une époque… !

    Maître Folace : D’accord, d’accord, je dis pas qu’à la fin de sa vie, Jo Le Trembleur, il avait pas un peu baissé. Mais n'empêche que pendant les années terribles, sous l’occup’, il butait à tout va ! Il a quand même décimé toute une division de Panzers !
    Raoul Volfoni : Ah ? Il était dans les chars ?
    Maître Folace : Non, dans la limonade, sois à c’qu’on t’dit !
    Raoul Volfoni : J’ai plus ma tête !
    Maître Folace : Il avait son secret, le Jo.
    Raoul se lève précipitamment.
    Raoul Volfoni : C’est où ?
    Jean : À droite, au fond du couloir.
    Maître Folace : Et… Et… Et… Et… cinquante kilos de patates, un sac de sciure de bois, il te sortait vingt-cinq litres de trois étoiles à l’alambic. Un vrai magicien, le Jo. Et c’est pour ça que je me permets d’intimer l’ordre à certains salisseurs de mémoire qu’ils feraient mieux de fermer leur claque-merde !
    Paul Volfoni : Vous avez beau dire, y’a pas seulement que de la pomme, y’a autre chose ! Ça serait pas des fois de la betterave ? Hein ?
    Fernand : Si, y’en a aussi.

    Fernand : J’mangerais bien quelque chose de consistant, moi.
    Raoul revient dans la cuisine.
    Raoul Volfoni : Dis donc… Elle est maquée à un jaloux, ta nièce ! J’lui faisais un brin de causette… Le genre réservé, tu m’connais… Mousse et pampre… V’là tout d’un coup qu’un petit cave est venu me chercher… Les gros mots et tout !
    Fernand : Quoi !? Le sieur Antoine ! Suffit pas de lui faire franchir les portes, faut peut-être le faire passer à travers !
    Jean : J’serais pas étonné qu’on ferme…

    Les Tontons flingueurs, Georges Lautner / Michel Audiard

  • It’s a hard world for little things.

    Harry Powell: Leaning, leaning, safe and secure from all alarms,
    Leaning, leaning, leaning on the everlasting arms.
    What a fellowship, what a joy divine,
    Leaning on the everlasting arms;
    What a blessedness, what a peace is mine,
    Leaning on the everlasting arms.
    Leaning, leaning, safe and secure from all alarms,
    Leaning, leaning, leaning on the everlasting arms.
    Mrs. Cooper: Leaning on Jesus, leaning on Jesus, safe and secure from all alarms,
    Leaning on Jesus, leaning on Jesus, leaning on the everlasting arms.
    Shame on you, Ruby, mooning around the house after that mad dog of a man! Merciful heavens! Ruby, go get the children out of bed and bring them down here. … Women are such darn fools. … It’s a hard world for little things.

    (Harry Powell : Je me repose, à l’abri de toute inquiétude,
    Je me repose sur les bras éternels.
    Quelle fraternité, quelle joie divine,
    Je me repose sur les bras éternels,
    Quelle félicité, quelle paix est la mienne,
    Je me repose sur les bras éternels.
    Je me repose, à l’abri de toute inquiétude,
    Je me repose sur les bras éternels.
    Mrs. Cooper : Je prends appui sur Jésus, à l’abri de toute inquiétude,
    Je prends appui sur Jésus, je me repose sur les bras éternels.
    Tu devrais avoir honte, Ruby, de te promener dans la maison en pleine nuit, à rêvasser à ce chien enragé ! Juste Ciel ! Ruby, va réveiller les enfants et fais-les descendre. … Les femmes sont de telles écervelées ! … Ce monde est sans pitié pour les petits.)

    The Night of the Hunter, Charles Laughton

  • Qu'est-ce qu’on est bien dans la cabane de son cochon !

    Il manque des tuiles à ma toiture,
    Ma f’nêtre a un œil de carton,
    Les poules habitent dans ma voiture,
    Le jardin est à l’abandon,
    Je vais me retrousser les manches
    Et donner un bon coup d’torchon,
    La casserole a perdu son manche,
    Je vais la mettre… voyons, voyons…
    Dans la cabane de mon cochon.

    Qu’est-ce qu’on peut faire d’une vieille baignoire
    Dont on a perdu le bouchon ?
    Ça prend d’la place dans le manoir
    Je vais la mettre
    Dans la cabane de mon cochon.

    Le grand plumard à baldaquin
    Pour les fois où nous y dormons
    Autant faire plaisir à quelqu'un,
    Je vais le mettre
    Dans la cabane de mon cochon,

    Et le vélo d’appartement,
    Ça prend d’la place dans le donjon,
    Je n’en fais plus, très honnêtement,
    Je vais le mettre
    Dans la cabane de mon cochon.

    Tout est r’tourné à la nature,
    Je n’me rase plus, j’ai les ch’veux longs,
    Une ficelle me tient lieu d’ceinture,
    Ma barbe se prend dans mon violon,
    De toute façon, moi, j’en ai marre
    De ce violon, alors changeons,
    Je vais le jeter dans la mare
    Ou bien le mettre
    Dans la cabane de mon cochon.

    Un paysage avec une route
    Et des montagnes à l’horizon,
    Qu’allons-nous faire de cette croûte?
    Je vais la mettre
    Dans la cabane de mon cochon,

    Je n’en veux plus de la télé,
    Je la mets dans le poulailler.
    Finalement, après réflexion,
    Je vais la mettre
    Dans la cabane de mon cochon,

    Et tout le reste, qui n’en veut?
    Ni moi, ni moi, je dis : tranchons,
    Je vais pas tout jeter au feu,
    Je vais tout mettre
    Dans la cabane de mon cochon.

    Je n’reconnais plus la maison,
    Les pas résonnent car elle est vide,
    Les sols sont nus, les murs livides,
    Ça procure une drôle d’impression,
    Ça donne envie de s’en aller,
    Avec ses draps, son polochon,
    Je crois que qu’j’vais aller m'installer
    Dans la cabane de mon cochon.

    Qu'est-ce qu'on est bien
    Dans la cabane de son cochon !

    Qu'est-ce qu’on est bien
    Dans la cabane de son cochon !

    Qu’est-ce qu’j’suis bien
    Dans la cabane de mon cochon !

    La Cabane de mon cochon, Thomas Fersen